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Discussion avec Annie, une retraitée très active passionnée de cocotte-minute

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En déposant mon fils à l’école le matin et en allant le chercher l’après-midi, je me suis rendue compte qu’il y avait de plus en plus de surveillants point d’école d’un âge avancé. Une en particulier attirait mon attention car elle était bien mise, très polie, dynamique et prévenante. Je décidai donc de prendre contact avec elle, c’est ainsi qu’elle me donna rendez-vous à 9 heures après son premier service de la matinée, sur un banc dans le magnifique jardin public qui jouxtait l’école.

Bonjour Annie, comment allez-vous?

Bonjour Kate, je vais bien merci.

Tant mieux, j’aimerais que vous me racontiez votre parcours de vie car votre personnalité a retenu mon attention.

Il n’y a pas de quoi, merci du compliment. Alors je m’appelle Annie, j’ai 68 ans, je suis veuve et malheureusement je n’ai pas pu avoir d’enfants. J’ai travaillé pendant 50 ans dans une usine de fabrication de produits alimentaires et je suis à la retraite depuis environ cinq ans.

Justement, c’est ce qui a attiré mon attention, j’ai remarqué qu’il y avait de nombreux retraités surveillants point d’école, pouvez-vous m’expliquer pourquoi?

Vous le savez Kate, la vie est chère et les retraites dont nous bénéficions ne sont pas suffisantes pour faire face aux dépenses, nous somme nombreux à être obligés de continuer à travailler pour subvenir à nos besoins, c’est-à-dire payer le loyer, les factures, les courses et se faire plaisir de temps en temps avec un petit voyage, par exemple.

Comment avez-vous eu l’idée de postuler pour cet emploi, en lien peut-être avec la cuisine ?

Je commençais à m’inquiéter car j’avais du mal à m’en sortir financièrement et je me suis rendue compte qu’à mon âge j’étais encore valide et que j’avais du temps à consacrer aux autres. Alors j’en ai parlé autour de moi et une connaissance m’a informée que la mairie recrutait des personnes pour s’occuper des piétons, petits ou grands, aux abords des écoles. J’ai répondu à l’annonce et j’ai été contactée, aujourd’hui je suis surveillante point d’école.

De manière plus détaillée, qu’elle est votre fonction?

C’est un emploi ouvert à tous, hommes ou femmes, le surveillant point d’école doit faire traverser en toute sécurité les enfants et les parents, puisque nous sommes positionnés aux abords des établissements scolaires, mais cela concerne aussi toutes les autres personnes qui empruntent le passage piétons. Pour occuper ce poste il faut être: attentif, polyvalent, vigilant, ponctuel, aimer travailler en équipe, être disponible, avoir des qualités relationnelles et le sens du service public. En gros il faut aimer aider les autres et les accompagner.

À votre façon de parler de votre travail Annie, on sent que vous l’appréciez et je le vois tous les jours quand je dépose mon fils à l’école. Quels sont vos horaires?

C’est une profession qui me laisse du temps, je travaille 1 heure 30 par jour, 30 mn le matin, le midi et l’après-midi. Justement je vais devoir vous laisser car je dois attaquer mon deuxième boulot, j’ai 4 écoliers qui viennent déjeuner chez moi tous les midis de la semaine et faire la cuisine souvent à la cocotte minute, Seb ou Moulinex.

Vous avez un deuxième travail! Comment faites-vous par rapport au temps?

J’ai fait le choix de cuisiner à la cocotte minute pour aller plus vite, en plus, les repas sont plus savoureux, mes petits invités ne se plaignent jamais de ce que je prépare, au contraire ils se régalent et repartent en pleine forme pour les cours de l’après-midi. Et en plus deux fois par semaine je me rends à des cours de danse, c’est devenu une passion, j’aime surtout le tango.

Quelle énergie! Vous me donnez des complexes. Notre entretien est malheureusement terminé, merci encore d’avoir répondu à mes questions Annie, bonne continuation à vous.

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Rencontre avec Gustave, professeur de FLE (Français Langue Étrangère)

Aujourd’hui, la parole est donnée sur notre site à Gustave, un professeur de FLE qui a la particularité d’enseigner à des migrants. Comme nous allons souvent aborder ici le sujet du bavardage en classe, nous avons voulu savoir s’il était plus difficile encore de garder une classe dans le calme quand les élèves parlent très peu le Français et qu’ils viennent d’horizons variés.

Bonjour Gustave. Tout d’abord, merci d’avoir répondu à notre invitation. Comment êtes-vous devenu professeur de Français Langue Etrangère ?

A l’aube de mes 40 ans, j’ai souhaité évoluer vers une nouvelle carrière alors que ma vie d’informaticien ne me procurait plus réellement de plaisir au niveau professionnel. J’étais très à l’aise financièrement mais je ne trouvais pas vraiment de sens à ce que je faisais au quotidien. J’ai d’abord songé à devenir professeur des écoles mais la perspective de reprendre des études longues me rebutait un peu. Après avoir étudié plusieurs pistes, je suis tombé sur un MOOC sur le FLE qui m’a donné envie d’en savoir plus sur les perspectives offertes par un enseignement du Français en seconde langue. J’ai pu ensuite trouver une formation courte qui m’a permis d’obtenir un certificat d’aptitude à l’enseignement du FLE et ainsi commencer ma nouvelle carrière.

Beaucoup d’enseignants dans votre secteur sont dans une situation précaire, alternant des phases d’emploi et de vacances. Est-ce également votre cas ?

Non, je dois avouer que j’ai eu beaucoup de chance d’ailleurs. Avec tous les événements de ces dernières années, notamment en Syrie, de nombreux migrants sont arrivés en France et un besoin en professeurs s’est fait sentir. J’ai fait mes premières armes bénévolement puis un poste s’est crée dans ma ville et j’ai pu y accéder.

Comment se passe une classe typique de FLE ?

Je fonctionne avec moins de 12 élèves. C’est essentiel pour les aider à leur apprentissage et pour maintenir une bonne cohésion de groupe. La plupart d’entre eux ont eu des parcours chaotiques et cela nécessite du coup beaucoup d’attention et de suivi.

Sont-ils attentifs ou est-ce difficile de les gérer ?

Il arrive qu’il y ait des cas difficiles, notamment chez les plus jeunes qui peuvent avoir un déficit d’attention, mais la plupart du temps, ils sont au contraire très appliqués et très volontaires dans leur apprentissage.

Quelle est la clé pour garder une telle harmonie ?

Le fait d’avoir une classe réduite est forcément un avantage dans mon cas. Je ne pourrais pas avoir les mêmes résultats avec 20 élèves ou plus. Par ailleurs, je cherche en permanence à les faire participer. C’est essentiel pour un bon apprentissage d’une part mais aussi pour les maintenir à l’écoute et en éveil. Ils sont invités à participer individuellement et je fais chaque jour des travaux pratiques en petits groupes de 2 ou 3 personnes afin qu’il n’y ait pas de dissonance et qu’une cohésion se maintienne. C’est plutôt efficace.

Vous avez bien de la chance. Réussir à obtenir le silence absolu en classe est vraiment quelque chose de difficile.

Oui, je sais que mon type d’enseignement est particulier et je ne m’en plains pas, bien au contraire !

Merci en tout cas de nous avoir fait part de votre expérience. Bonne continuation à vous Gustave.

Merci à vous et bonne continuation également.

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