Comment agir quand trop d’élèves sont bavards en cours

gestion de classeAvant toute chose, tout ne commence-t-il pas par un premier élève bavard ? Ensuite, si rien n’est fait, il y en a un deuxième, puis un troisième, puis un quatrième… Mais il arrive aussi que dès le début du cours, vous avez déjà plein d’élèves qui bavardent, qui font du bruit, qui s’amusent. Dans ce cas là, il faut employer ce que j’appelle une réponse de masse. La réponse de masse est en fait une technique pour arriver rapidement au silence quand beaucoup d’élèves sont dissipés.

On est d’accord qu’avant de pouvoir vous adresser à un seul élève bavard, encore faut-il que toute la classe le soit. Vous ne pouvez en effet pas venir faire votre show devant Kévin (champion en ce qui concerne les bêtises), si dix de ses camarades sont eux aussi en train de raconter leur palpitante vie à leur voisin. De la même façon, si vous voulez annoncer quelque chose d’important à vos élèves dès le début de ce cours, il va falloir vous faire entendre de tous.

Considérons un instant une boule de neige lâchée sur une pente enneigée : elle va naturellement se mettre à la dégringoler en roulant sur elle-même. Au fil de sa descente, elle devient de plus en plus grosse en raflant la neige du sol pour la faire sienne. Finalement, en peu de temps, la boule de neige possède déjà des mensurations tellement monstrueuses qu’elle pourrait emporter hommes et maisons. Le bruit d’une classe, c’est un peu comme cette boule de neige ; ne pas l’arrêter dès le début, c’est lui laisser le champ libre, la piste libre, pour croître, prendre une ampleur telle que votre voix finisse par devenir inaudible. Mais quelle que soit la raison du pourquoi le brouhaha s’est emparé de votre salle de cours, il est toujours possible de l’arrêter. Sachez cependant que ce sera plus difficile car c’est comme vouloir bloquer d’un seul coup l’inertie d’une boule de neige géante, alors que cela aurait été bien plus facile quand elle était encore en modèle réduit.

Que ce soit en rentrant dans votre classe et que vous constatez que vos élèves sont très dissipés, ou que durant votre cours, pour une raison que j’ignore, vous ne vous entendez plus parler, vous devez procéder en deux temps : premièrement, rétablir le silence rapidement en faisant plus de bruit qu’eux, puis une fois celui-ci atteint, rafraîchir la mémoire de vos élèves sur votre politique du bruit ; c’est-à-dire que vous ne faites cours que dans le silence, et que par déduction ils doivent se taire s’ils ne veulent pas passer un mauvais quart d’heure en votre compagnie.

Si vous devez vous interrompre en plein milieu de votre cours, parce qu’il y a beaucoup trop de bruit, vous pouvez être sûr que vous ne l’obtiendrez pas sans concessions ; la boule de neige a déjà eu le temps de dévaler la pente et de grossir. Vous ne devriez pas soudain réaliser en plein milieu de votre cours qu’une part des effectifs de vos élèves préfère parler entre eux plutôt que de vous écouter. Vous ne devriez pas car normalement  vous noyez le bruit à sa source.

Ceci constitue un extrait du cours N°02 de la Méthode Bonaparte. Vous trouverez l’intégral en vous rendant sur le site en question.

Cas d’école : la professeure de Français Martyr

classe bruyanteAujourd’hui, je vais vous exposer un cas d’école que j’ai eu « l’opportunité » d’expérimenter moi-même. C’était une professeure de français que j’ai eue en Première, et ce fut catastrophique. Elle semblait encore toute fraîchement sortie des fours d’un IUFM, au vu de sa manière si caractéristique de construire son cours, et de sa méthode pour faire cours dans le calme : c’est-à-dire aucune.

Merci qui ? Merci les IUFM ! Merci d’aider vos nouvelles recrues sur le merveilleux chemin de l’incompétence (au sens pratique du terme, entendons-nous bien. Autrement dit, savoir faire cours).

Je me permettrais d’interrompre ma narration par intermittence par des commentaires personnels, montrant l’invraisemblable manière d’opérer de cette prof.

Collée au tableau vert sale, la prof de Français écrit de son trait rapide et stylisé : registre didactique. Puis elle se retourne vers ses élèves et lance à voix haute, pour essayer de s’élever par dessus le vacarme :

« Tout le monde sait ce que veut dire didactique ? »

Son regard balaye rapidement la classe, à la recherche d’une quelconque réaction négative à sa question. Elle remarque certains hochements de têtes, quelques « oui » très scolaires, mais aucun non. Pourtant, elle n’est pas dupe et sait que, au bas mot, la moitié des élèves n’ont jamais entendu ce mot de leur vie. D’un autre côté, on peut aussi dire que la moitié des élèves n’ont absolument pas écouté ce qu’elle a dit.

Première erreur de sa part : elle tente de continuer son cours en dépit du fait que probablement la majeure partie des élèves ne sont pas en état de l’écouter. D’ailleurs, ils ne l’écoutent même pas. A quoi bon parler ? Elle use de sa salive pour rien. En outre, elle monte le volume pour qu’on puisse l’entendre, au lieu de « tout simplement » faire le silence ; elle préfère parler plus fort pour ne pas leur demander à, eux, de parler moins fort. Logique. Elle n’a pas confiance en ses capacités.

Même les quelques un qui semblent l’écouter ne le font certainement pas dans la joie, quand ils savent que tous les autres n’en ont rien à faire et ne se gênent pas pour parler plus fort qu’elle.

Elle repère un élève tout particulièrement bavard, parmi tant d’autres, et l’interroge dans l’espoir qu’il comprenne tous les bienfaits de participer au cours, au lieu de l’ignorer.

« Tom, lui lance-t-elle alors qu’il a le dos tourné, parlant ouvertement avec une fille de la table de derrière lui. Tom !
– Oui, madame ? répond-t-il en se tournant vers elle, un large sourire accroché aux lèvres.
– Puisque tu n’arrêtes pas de parler, j’imagine que tu sais ce qu’est un registre didactique ?
– Euh… didactique, c’est quand… (il réfléchit 2 secondes) c’est quand on dicte ! C’est un registre qui dicte des choses, c’est ça ? »

Avec ce bruit de fond – qui n’en est d’ailleurs même plus un, ayant pris d’assaut le front de classe – la professeur doit lutter en permanence, premièrement pour se faire entendre de ses élèves, et deuxièmement pour que, elle, soit capable d’entendre ce qu’ils lui disent.

« Mmmh… oui, mais pour être plus précis, il faut que tu dises : c’est quand on délivre un enseignement. D’accord, Tom ? »

Un professeur laxiste dans sa classeDeuxième erreur pour cette prof de Français. Elle interroge un élève, alors qu’il n’y a pas le silence. A qui son échange avec lui pourra-t-il bénéficier si personne n’est en mesure de l’écouter ? De plus, elle n’interroge pas n’importe lequel d’entre eux : c’est l’un des pires. En agissant ainsi, elle fait comprendre à l’élève que son bavardage ne sera pas sanctionné. N’ayant pas été corrigé par la seule personne ayant la légitimité de le faire (= la prof), c’est donc tout bénef pour lui, qui se sent ainsi quasiment autorisé à parler indéfiniment.

Elle se retourne vers le tableau pour le mettre à jour. En même temps qu’elle fixe son attention sur les lettres aux courbes soigneuses se dessinant sous ses doigts, elle réalise combien elle est épuisée d’avoir eu toute la journée des classes comme celle-ci. Elle se sent littéralement ivre de tout ce bruit.

« S’il vous plait ! Vous pouvez vous taire ?! Je suis fatiguée de vous entendre parler, là », lâche-t-elle en se retournant brusquement, d’un air dépité.

Certains élèves, par pitié de son sort, prennent la résolution de cesser leurs bavardages. Mais après quelques minutes, voyant que si peu des leurs semblent s’en soucier, ils se voient malgré eux reprendre là où ils s’étaient arrêtés. Et ainsi, le vacarme continue…

Troisième erreur : elle s’auto-rabaisse face à ses élèves. Comme les martyrs, cette professeure subit sa classe. Au lieu que se soit les élèves qui se plaignent habituellement de l’attitude trop dure du professeur envers eux , là, c’est la professeure qui se plaint du l’attitude trop dure des élèves envers elle !

Franchement, pourquoi supplier sa classe de se taire ? On croirait un sujet demandant à son seigneur sa miséricorde. Mais le hic, c’est qu’en vérité, le seigneur, c’est elle. Elle ne peut pas demander à sa classe d’être gentille et d’arrêter de l’embêter, parce que ladite classe ne le fait pas par choix, par choix de parler, mais par… conséquence. Elle fait le cirque parce que leur professeure ne se comporte pas comme elle le devrait.

C’est à cette prof de se remettre en question, car les solutions sont toutes en elles…

Pourquoi un professeur doit rester calme avec ses élèves

citations sur les professeursDans l’idéal, un professeur ne devrait jamais avoir à hausser la voix, voire pire : crier sur ses élèves. Vous vous punissez vous-même en sortant de vos gonds. C’est un aveu de faiblesse. Cela signifie que les élèves ont tellement dépassé vos limites que vous en arrivez à craquer. Pourtant, leur honteuse indiscipline n’est rien d’autre que les débordements de leurs jeunes personnalités qu’ils peinent à contenir. A la base, ils n’ont rien contre vous, personnellement.

Pourquoi hausser volontairement la voix ? La réponse est toujours la même : pour se donner des airs menaçants, intimidants. Evidemment, vous espérez secrètement de cette façon inhiber les bavardages ; rétablir un semblant de calme. Sauf que vous oubliez qu’en faisant cela, vous étouffez votre côté bienveillant, votre côté pédagogue (un vrai pédagogue n’a, comme je l’ai dit, pas besoin de hausser le ton pour avoir le silence). Et lorsque vous étouffez cette facette, votre rôle d’enseignant en prend un sacré coup. Les élèves se sentent agressés, et malheureusement pour vous, ce que vous leur apprendrez par la suite aura plus de mal à rentrer dans leur crâne. Par ailleurs, une ambiance saine d’étude ne peut subsister ni dans le brouhaha, ni dans la crainte des sauts d’humeur du professeur.

Bien sûr, on ne crie pas pour rien, on crie quand on est à bout de nerf. Or, qu’est-ce qui peut vous ronger autant les nerfs que devoir supporter une classe dissipée (pour ne pas dire déchaînée) ? Si vous êtes au bout du rouleau, c’est que quelque part, vous n’avez pas réussi à imposer de bonnes conditions de travail jusqu’à maintenant, ne croyez-vous pas ? A qui revient la faute dans ce cas ?

Les décibels superflus, aussi bien chez les élèves que chez le professeur, sont carrément contre-productifs. Parlez normalement. Ne vous rabaissez jamais à hausser la voix. Cela dit, ce n’est pas toujours facile à tenir, je le sais bien. Et dire qu’il n’y a pas si longtemps de cela (mes parents en firent l’expérience), dans les écoles, l’emploi de la douleur physique était même plus qu’autorisé : elle était encouragée. L’instituteur ne se gênait pas pour réprimer les élèves par un coup de règle bien ajusté sur les doigts. Bonjour l’ambiance…

Ceci constitue un extrait du cours N°03 de la Méthode Bonaparte. Vous trouverez l’intégral en vous rendant sur le site en question.

Les règles de conduite que tout prof doit avoir

gestion de classeAvoir le silence dans votre cours est une nécessité fondamentale. Vous ne pouvez tout simplement pas faire cours dans les conditions idéales tant que vous aurez des élèves distraits et bavards. Et avoir des élèves bavards, je le répète, ce n’est pas une fatalité. S’ils parlent, c’est qu’ils se sentent autorisés à parler – et cette autorisation, ce n’est pas leurs parents qui leur ont donnés, ni l’établissement, ni le ministre sur son fauteuil en cuir de vache. Cette autorisation, c’est vous-même qui leur avez donné implicitement. Vous ne réalisez pas encore que vous les laisser parler sur votre propre dos.

Le silence dans votre cours, c’est la base. C’est sur celle-ci que vous pourrez ensuite enseigner correctement et ainsi faire votre travail. J’ai tendance à croire que rien ne peut circuler indemne dans le bruit, si ce n’est la bêtise. Voyez-vous donc plutôt comme une main de fer sous un gant de velours.

Comme première instruction qu’on donne à ses élèves quand on veut avoir le calme c’est que : vous ne travaillez que dans le silence (ou le calme). C’est quelque chose de général et d’un peu abstrait. Abstrait dans le sens où l’élève ne sait pas à quoi s’attendre comme potentielle punition s’il s’avisait de violer la loi du professeur, votre loi. Voilà donc le deuxième point : lorsqu’un élève perturbe le cours, interrompez-vous et soulignez son indiscipline (bavardage ou autre). C’est une étape primordiale pour quiconque prétend vouloir atteindre le silence. Vous devez arrêter, stopper, suspendre votre cours pour vous occuper personnellement de l’élève (ou du groupe). Je sais que c’est quelque chose en apparence de difficile à réaliser pour une très grande quantité d’enseignants. Et pour cause : à priori, c’est perdre beaucoup de temps pour une si petite bricole.

En tant qu’enseignant, vous préféreriez peut-être plutôt ignorer ce cas isolé et continuer, imperturbable, votre litanie. Sauf que si vous laissez passer à travers vos filets ne serait-ce qu’un élément perturbateur, alors naturellement tous les autres trouveront légitime d’avoir droit eux aussi à ce traitement de faveur. N’est-il pas clairement stipulé que l’enseignant ne doit pas faire de distinction entre ses élèves, qu’ils sont tous égaux ?

Dans l’absolu, bien sûr, deux voisins qui parlent discrètement dans leur coin n’est pas forcément quelque chose de très gênant pour votre cours. Sauf que bientôt leurs camarades les suivent, puisqu’ils ont les mêmes droits, et vous vous retrouvez alors en moins de dix minutes avec la moitié de la classe à papoter tranquillement dans leur coin. A terme, ils finissent même par vous ignorer royalement, puisque la réciproque est vraie ; vous aussi, vous les ignorez, vous ne vous souciez pas de savoir s’ils parlent ou vous écoutent. Et c’est comme cela qu’on en arrive à entendre des élèves dire à leur professeur, lorsque celui-ci leur demande, excédé, de se taire : « Monsieur, on gène pas le cours là ! Regardez, on discute à voix basse. Laissez-nous faire nos affaires, et vous vous faites les vôtres et comme ça y a pas de problèmes ! » Guère reluisant, en somme ?

Ceci constitue un extrait du cours N°02 de la Méthode Bonaparte. Vous trouverez l’intégral en vous rendant sur le site en question.

Pourquoi des élèves bien éduqués bavardent en cours

Examen passé par des élèvesA quoi d’autre voulez-vous résumer l’indiscipline et les bavardages des élèves en cours ? L’éducation des parents, le nombre d’élèves, la prestance de l’établissement ? Tout ça, cela ne compte pas vraiment, pas autant. Car que faites-vous lorsque vous avez des élèves bien éduqués, en demi-groupe (15 élèves) et dans un établissement sans problème, mais qui ne font que bavarder ?Qu’allez-vous invoquer comme raison externe, cette fois-ci ? Leur immaturité ?

Ce n’est pas un cas hypothétique, car cela m’est de très nombreuses fois arrivé. Le professeur, qui ne savait pas gérer notre classe entière, n’y parvenait guère mieux lorsqu’on était en demi-groupe. Bien sûr, en demi-groupe, numériquement c’est plus facile à gérer, et il y a souvent moins de bruit (forcément, avec deux fois moins d’élèves). Mais à part des sauvageons en guise d’élèves qu’on aurait introduits dans une classe – ce que je n’ai jamais vu – l’éducation des parents n’est pas à remettre en cause, ni le nombre d’élèves, ou l’établissement. Ou en tout cas, ce ne sont pas les facteurs qui ont le plus de poids.

La vérité, c’est que la raison des bavardages, c’est le professeur lui-même. C’est lui qui tolère malgré lui les discussions et le raffut. Ce ne sont pas les élèves. Car jusqu’à preuve du contraire, dans une salle de classe, il n’y a que le professeur et ses élèves. Et c’est le professeur qui a la responsabilité de ses élèves. Eux, ils ne font qu’exploiter ses failles, comme une masse d’eau pourrait le faire face à un barrage mal conçu.

Cela étant dit, je suis d’accord que le fait d’avoir une éducation parentale inexistante, un établissement plongé dans un quartier difficile, des conditions pour apprendre à la maison compliquées, ou des copains en échec scolaire, n’est pas pour aider l’élève… Mais bien que cela joue un rôle néfaste sur les capacités d’attention des élèves, ce n’est pas une fatalité.

Ceci constitue un extrait du cours N°01 de la Méthode Bonaparte. Vous trouverez l’intégral en vous rendant sur le site en question.

2 citations pour les professeurs médiocres

Voici 2professeur citations dédiés aux enseignants et pour lesquels je laisse un petit commentaire à chaque fois, pour expliquer ou donner mon avis.

Il n’y a de bons professeurs que ceux en qui subsiste la révolte de l’élève.
Edmond Gilliard

C’est étrange car justement, les professeurs qui arrivaient à nous intéresser à leur matière étaient la plupart du temps, selon leurs dires, d’anciens élèves loin d’être des modèles à suivre ; du genre, à porter un intérêt tout à fait relatif à l’éducation nationale.

Un professeur qui fut autrefois un élève révolté, c’est à dire portant un lui les germes de la frustration envers l’école, pourra mettre à profit cette colère pour ne pas faire les mêmes erreurs que ses professeurs d’autrefois… Un peu comme un père qui, se rappelant son enfance où il était battu par son propre père, ne reproduira pas le même schéma envers ses enfants. A toute proportion gardée, bien sûr.

Ce sont les élèves les moins doués qui forcent les professeurs à mieux enseigner.
Malcolm Forbes

Evidemment, si un professeur se contente de faire cours à des élèves sages et disciplinés, en plus de travailler par eux-mêmes sans qu’on le leur quémande, on peut penser que c’est l’idylle. Sauf que dans cette configuration, ce professeur peut être très mauvais en lui-même, on ne le saura jamais. De plus, il n’a aucun moyen de s’améliorer car il ne sait pas par où commencer, puisque tout semble être déjà parfait dans sa classe… D’ailleurs, il n’a même pas besoin d’être professeur. Un type quelconque avec un polycopié sous la main ferait aussi bien l’affaire, puisque c’est les élèves qui fournissent tout le travail.

Ce professeur, je vous en donne un cas concret : Xavier Darcos. En effet, l’ancien ministre de l’éducation nationale a eu ce qu’on appel des classes de choix : il enseigne en classe de première supérieure au lycée Michel-Montaigne à Bordeaux de 1982 à 1987, puis est nommé professeur de chaire supérieure en première supérieure au lycée Louis-le-Grand à Paris jusqu’en 1992.

Pas étonnant qu’une fois ministre, monsieur Darcos est une si piètre opinion de ce qu’un professeur est capable. Il y a un proverbe qui dit : c’est lorsque la marée est basse qu’on voit ceux qui n’avaient pas de caleçon. Autrement dit : c’est lorsque les élèves sont durs qu’on voit les professeurs qui n’en avaient que le titre (et pas l’étoffe).

Les classes dures sont redoutées car elles demandent à l’enseignant de puiser des ressources en lui pour y faire face. Et, au grand malheur, ressources qu’il n’est pas du tout certain de savoir mobiliser… Mais c’est sa formation d’enseignant douteuse qu’il faut blâmer, pas lui.

Pourquoi il faut virer les élèves qui bavardent

élèveBeaucoup d’enseignants s’obstinent à vouloir garder les perturbateurs, pensant qu’en classe ils seront mieux qu’en permanence (et pourquoi pas un petit chocolat chaud et des croissants pendant qu’ils y sont ?). Vous, en tant qu’enseignants, vous voulez aider vos élèves à réussir – même les pires – et c’est tout à votre honneur, mais sachez que vous ne pouvez pas forcer quelqu’un à réussir contre sa volonté.

Si l’élève ne fait que parasiter votre cours malgré vos sanctions, c’est qu’il n’en a rien à faire de votre matière et qu’il ne vous porte pas grande considération. Dans ce cas-là, il est important de se demander où est sa juste place. Le fait de le garder va pourrir l’ambiance tout en incitant les autres à suivre le mauvais exemple. Cela vous conduit au final à abriter un zoo. Votre cours tombera à l’eau et votre acharnement sera vain, puisqu’il ne fera qu’entraîner en échec le reste des élèves… Guère reluisant, en somme.

Exclure un élève est dur, je le sais. Seulement, lorsqu’un élève est effectivement viré, pensez-vous qu’il était de toute façon disposé à suivre assidûment le cours et à « apprendre » ? Sous cet angle, l’exclusion n’est plus une claustration pour l’élève, mais une libération.

Le professeur a une énorme influence sur ses élèves mais s’il a tant de mal à avoir le calme dans son cours, c’est simplement parce qu’il n’utilise pas son pouvoir d’influence, ou qu’il ne l’utilise pas à bon escient. Parce que dire à sa classe : « je veux le silence ! Le silence ! », ce n’est pas ça utiliser son pouvoir ! Là, vous ne faites pour ainsi dire rien du tout, à part gaspiller votre salive.

Votre vrai pouvoir, c’est celui que vous accorde votre fonction : vous êtes professeur, vous avez la responsabilité de vos élèves. Si vous autorisez l’un d’eux à sortir de votre cours sans le noter absent, qu’il sort de l’école et que dans la rue il se fasse rouler dessus par une voiture, qui est responsable ? Qui sera porté responsable ? Mes professeurs me le disaient sans cesse : « je ne peux pas vous laisser sortir parce que s’il vous arrive un pépin, j’en serai responsable ! ». La responsabilité entraîne nécessairement le pouvoir de contrôle sur ceux dont on a la charge. Par exemple, les parents envers leurs enfants.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que dans une salle de classe, la démocratie, cela n’existe pas. Cela n’existe plus. Nous sommes en micro-dictature. Et le dictateur, c’est le professeur : il a le pouvoir de révoquer, sanctionner et corriger les élèves qui l’importunent tout en valorisant d’autres. Si cela, ce n’est pas un grand pouvoir, alors qu’est-ce que c’est ? Il est tout à fait clair que la totalité des professeurs que j’ai eus, sans la moindre exception, avaient ce pouvoir. Et c’est tout à fait normal. Il n’y a rien d’anormal là dedans : n’importe quel professeur peut virer un élève, ou exiger de lui un travail, si cela est justifié. Après… très peu surent utiliser cela à leur avantage. 1 sur 10, précisément.

Ceci constitue un extrait du cours N°02 de la Méthode Bonaparte. Vous trouverez l’intégral en vous rendant sur le site en question.

Pourquoi les élèves bavardent en cours

Pourquoi les élèves bavardent durant les cours, parfois même jusqu’à parler plus fort que le prof ? Il y a plusieurs raisons pour expliquer qu’ils continuent à faire du bruit en cours, malgré le fait d’avoir pourtant des récrées.

classe bruyanteAvant tout, ils savent pertinemment que lorsqu’ils parlent, ils ne pourront plus vous écouter. Ils le savent mais ils continuent. Pourquoi à votre avis ? Eh bien, prenez l’exemple du fumeur : si je lui demandais pourquoi il continu à fumer alors qu’il sait qu’en fin de parcours, de graves problèmes de santé l’attendent, couronnés d’un cancer, il me répondrait que c’est lointain, que ce n’est pas certain, et puis fumer procure un certain plaisir… Voyez, c’est la même chose pour le bavardage : le fait de compromettre son avenir parce qu’on est dissipé en cours ne peut être confirmé que dans un avenir assez lointain, qui n’est d’ailleurs pas du tout certain, et puis enfin, il est plaisant pour les élèves de papoter en cours quand ils trouvent le cours ennuyeux.

Enfin, c’est très typique des jeunes : ils testent les limites du prof. Ils le testent pour savoir ce qu’il a dans le ventre. Ils tentent de déterminer jusqu’où ils peuvent profiter de ses faiblesses. Bref, la jeunesse fait preuve d’une très grande insolence. Grande, certes, mais creuse. Creuse comme une coquille d’oeuf : il suffit d’appuyer de manière un peu plus soutenue pour que celle-ci cède et s’écrase. Si le professeur appliquait la même force dans ses cours, il aurait le silence qu’il n’aurait jamais cru pouvoir espérer. Mais encore faut-il savoir s’y prendre…

Si les élèves n’obéissent pas, c’est donc parce qu’ils ne prennent pas au sérieux les menaces de leur enseignant. C’est totalement logique. Ainsi, pour obtenir l’obéissance, le silence de ses élèves, il faut qu’ils soient suffisamment sûrs que s’ils continuent à bavarder, ils seront au bout du compte perdants. Mais il ne s’agit pas pour autant de coller deux heures de colles parce qu’untel a glissé deux mots à son voisin ! Une faute réclame une punition, mais celle-ci ne doit pas être démesurée, car elle ne conduirait qu’à frustrer le coupable – ce qui conduirait chez lui à produire du ressentiment à votre égard. L’enfant est très sensible à l’injustice. Et malgré ce qu’on peut penser, il accepte bien la punition dans le cas où elle est juste.

Laisser impunie une faute comme le bavardage est un véritable engrenage vicieux qui conduit encore plus d’élèves à parler à leur tour. Après tout, si eux là-bas parlent, pourquoi pas nous ? Il ne suffit que d’un seul insolent (un peu) bruyant pour que votre cours soit parasité. Et un cours parasité est un cours qui perd une grande partie de son impact sur les élèves.

Suivre un cours noyé dans un bruit de fond demande un effort supplémentaire aux élèves attentifs – sans compter que c’est démotivant pour tout le monde car la valeur du cours en lui-même s’affaisse : « ce cours ne doit pas être très important si une part de la classe se permet de ne pas le suivre », se disent-ils. Une étoffe précieuse vaut cher. Par contre, si elle est souillée par de la boue, de la poussière ou du sang (un meurtre de diva à la sauvette ?), elle perd tout à coup de sa superbe et est alors moins attrayante. Si vous n’avez que dix élèves sur trente à vous écouter, votre cours perdra beaucoup de sa valeur.

Ceci constitue un extrait du cours N°01 de la Méthode Bonaparte (donc le tout premier, celui où on entre doucement dans le vif du sujet). Vous trouverez l’intégral en vous rendant sur le site en question.

Les conséquences du laxisme des profs

Question d’un prof : si je ne suis pas respecté par mes élèves, qu’est-ce que cela peut faire ?

Un professeur laxiste dans sa classeAvant tout, comme nous l’avons vu, si vous n’êtes pas respecté, c’est parce que vous n’arrivez pas, ou ne voulez pas, imposer votre autorité. Votre autorité est pourtant légitime. C’est un droit et un devoir de votre part ! Mais passons. Nous verrons ce point plus tard. Les réelles conséquences de votre laxisme sont que :

  • Vous êtes méprisé. Vos élèves ne vous craignent pas, puisque vous n’osez pas les sanctionner. Ils vous sous-estiment. S’ils disent vous aimer comme vous êtes « madame, nous on vous aime comme ça ! Vous êtes super sympa, c’est le pied ! », c’est bien possible, mais alors ils aiment juste cette part de faiblesse et de malléabilité qui est en vous. Ce qui ne fait ni honneur à votre personne, ni à votre profession.
  • Les élèves peuvent parler sans craindre de réelles représailles de votre part. La salle de cours est alors plongée dans un bruit de fond rendant votre cours fragmenté, éclaté. Vous faites des arrêts. Vos paroles sont noyées sous le flot du brouhaha. Plus personne ne vous suit ou ne vous comprend.
  • Les élèves doivent redoubler de travail personnel chez eux en revoyant ce que vous avez tenté d’enseigner en cours. Beaucoup ne le feront pas. De là à rater les contrôles, il n’y a plus qu’un pas.
  • Et des mauvaises notes, très rapidement, peut survenir l’échec des élèves dans votre matière. Vous abriterez un troupeau de cancres dans vos cours.
  • Enfin, vous ne prenez aucun plaisir à « faire » votre travail. C’est sûr qu’aller au boulot faire cours à un zoo n’est pas la chose la plus passionnante qui soit.

Après, il peut très bien y avoir un peu de bruit en cours, et se retrouver quand même avec des élèves qui échouent moment des contrôles. Bien sûr, je n’ai pas dit le contraire. Vous soulevez le problème, dans ce cas là, de votre capacité à bien leur enseigner, à faire avaler votre cours et à vous assurer qu’ils l’ont bien digéré. C’est un tout autre problème que celui que nous voyons. Mais il est certain qu’avec une classe incontrôlée, que vous soyez bon pédagogue ou pas, personne ne pourra ressentir la différence, puisque personne ne vous entendra parler.

Pour que les élèves vous portent en estime, encore faut-il qu’ils sentent que vous ayez confiance en vous. Et voilà pourquoi engager des flics pour maintenir des classes de ZEP n’a rien de bon. Le professeur perd toute l’estime des élèves et sa crédibilité. Pour eux, il est incapable d’assumer sa fonction de catalyseur. Alors, même si les classes en ZEP sont dures, un agent des « forces de l’ordre » n’a définitivement rien à faire dans un tel lieu.

Une personne autoritaire est une personne qui a confiance en elle. Et avoir confiance en soi, c’est savoir ce que l’on veut et être assuré d’y parvenir. Les élèves le ressentent, comme une sorte d’aura invisible mais néanmoins palpable. C’est un peu comme si vous receviez des conseils de nutrition : « je vois que vous avez une jolie bouée au ventre, ma p’tite dame, vous devriez ralentir sur le steack-frites », venant de la part d’un obèse… Il vous serait très difficile de le prendre au sérieux, qu’importe la justesse de ce qu’il dirait.

Ceci constitue un extrait du cours N°01 de la Méthode Bonaparte (donc le tout premier, celui où on entre doucement dans le vif du sujet). Vous trouverez l’intégral en vous rendant sur le site en question.

2 citations sur l’absurdité de l’école

Classe littéraire faisant coursJe rappelle le principe de ce type de billet : je donne des citations sur l’école et j’y apporte des explications personnelles dessus. Ca donne comme ça une petite valeur ajoutée à celles-ci et permet de, peut-être, y cerner des aspects nouveaux pour vous.

Les discussions de classe consistent à laisser vingt lourdauds et deux prétentieux parler avec leur professeur de quelque chose qu’aucun d’entre eux ne comprend.
Vladimir Nabokov

C’est curieux, je suis assez d’accord avec l’auteur. La plupart du temps, lorsque vient la merveille idée au professeur de faire un « débat de classe » – histoire de se reposer un peu sur les élèves, qui sait ? – ça tourne au grand n’importe quoi. Les élèves racontent des banalités à coucher par terre et, ce qui se passe, c’est que ceux qui ont de bonnes idées ne les disent pas (parce qu’ils sont timides, mince) et ceux qui en ont aucune mais qui ont envie de parler ne se gênent pas.

Le professeur aurait très pu expliquer directement ce qu’il y a à expliquer sans passer par la case « discussion de groupe ». Et même si le côté « cours vivant, dynamique et branché » est tentant pour le professeur, en faisant participer massivement les élèves, c’est très souvent un simple leurre. En d’autres termes, le prof manipule ses élèves pour avoir les réponses qu’il attend, ce qui fait en fin de compte perdre du temps à tout le monde.

Écoles : établissements où l’on apprend à des enfants ce qu’il leur est indispensable de savoir pour devenir des professeurs.
Sacha Guitry

C’est vrai qu’il y a dans les cours un côté bizarre… lunaire, je dirais même. Au lycée, par exemple en mathématiques, on apprend les logarithmes népériens. Rien que le nom ça fait peur. Et croyez-moi : ce n’est pas qu’une impression. Ca fait vraiment peur. Et c’est comme ça dans toutes les matières : elles ont toutes leur « petit spécial » qu’elles adorent jeter à la tête d’élèves hébétés.

La plupart de ce qu’on apprend ne trouvera pas la moindre utilité dans la vie. Même dans les cas extrêmes, genre « comptable ». Et ce qui ne sert à rien, on oubli. Or, on oubli presque tout de notre vaillant passage à l’école, donc… L’un des seuls métiers qui peut recycler ce genre de chose, c’est… celui d’enseignant.